Coude à coude, samedi, au port de Dinan, les maquettistes dinannais et les anciens matelots de « La Rance », ont mis à l’eau la coque du modèle réduit de l’ancien bâtiment de la Marine nationale.

Après deux ans de travail, c’est la première mise à l’eau de la maquette inachevée de leur navire.Un moment de souvenirs pour les hommes d’équipage.

« À l’époque, la Marine nationale donnait des noms de fleuves français à ses navires. » Le 5 mai 1965, le bâtiment de soutien logistique La Rance est lancé, 100 m de long, 120 hommes d’équipage. Sa première vocation va consister à surveiller les essais nucléaires français dans le Pacifique. La France y met au point la bombe H, la frappe nucléaire. Plus tard, La Rance deviendra un bateau-hôpital, avant d’être définitivement désarmé en 1997. Depuis, chaque année, les Anciens de la Rancese retrouvent le temps d’un week-end. Cette fois-ci à Dinan.Le club des maquettistes dinannais s’est lancé dans l’aventure de réaliser une maquette au 50e de leur bâtiment. Soit quand même un modèle réduit de près de 2 m de long ! Depuis deux ans, ces passionnés sont à l’ouvrage. La coque et le pont supérieur sont en place. La réunion de l’Association des anciens de La Rance à Dinan a été l’occasion d’une première mise à l’eau. « Mais il nous faudra encore un an de travail pour terminer cette maquette, explique Christophe Barnabé, le président du club de modélisme. On se retrouve chaque mardi soir, dans notre local au port de Dinan. »

« On se mettait de dos… »

La maquette est mise à l’eau. Du côté des anciens marins, on a la plaisanterie facile. « Regarde, Gégé, le bateau part de travers. C’est toi qui devais être à la barre ce jour-là ! »

Mais en aparté, les anciens matelots se confient. « Juillet 1968, au milieu du Pacifique, au large de l’atoll de Mururoa, la France réalisait ses premiers tirs nucléaires. À bord de La Rance, on emmenait les scientifiques du CEA, le commissariat à l’énergie atomique. On était chargé des mesures sur site. On ignorait tout des dangers de la contamination nucléaire. Et l’équipage restait sur le pont lors de tirs. Les ordres ? On nous disait : mettez-vous de dos, un bras devant les yeux, comptez jusqu’à 5 avant de vous retourner. On sentait le souffle de l’explosion et le bateau se mettait à tanguer. On prenait des photos par-dessus notre épaule, au pif. C’était interdit, mais certains ont réussi à en garder. »

« On voudraitune reconnaissance »

Un culte du secret qui dure encore aujourd’hui. « La Marine nationale n’a pas voulu confier les plans de La Rance au club dinannais pour la réalisation de leur maquette. Assez bizarrement, ils ont été trouvés sur internet, sur un site russe ! »

Un silence que ces anciens matelots de 20 ans, aujourd’hui retraités, voudraient bien briser. « On était en première ligne. Certains d’entre nous sont malades. D’autres sont morts. » Un suivi médial ? « Il n’y en a pas, ou seulement à titre personnel. On voudrait bien au moins une reconnaissance de ce qu’on a subi. »

Ouest-France  

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